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L'IA se finance à 55% en circuit fermé
information fournie par Zonebourse 02/10/2026 à 15:43

Le boom de l'intelligence artificielle repose en partie sur un circuit fermé : les entreprises financent des partenaires qui achètent leurs produits. Cette consanguinité a nourri le débat sur les risques d'un tel écosystème. Mais derrière l'évidence, quels sont les chiffres réels ? Des économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI) se sont emparés de la question.

Dans cette étude* publiée le 1er octobre, les auteurs concèdent que cette architecture répond à une logique industrielle, mais elle brouille la lecture de la demande et peut amplifier les pertes si les revenus attendus ne suivent pas. Voici cinq enseignements saillants.

L'IA se finance largement entre soi

Entre 2021 et 2025, 55,2% de la valeur des financements reçus par les entreprises d'IA étudiées provenait d'autres entreprises d'IA. Dans cet échantillon de 1 246 sociétés, les acteurs du secteur sont donc aussi leurs propres bailleurs de fonds. C'est une singularité. Dans un large échantillon d'entreprises américaines, les participations au capital d'un partenaire commercial ne concernent que 3,3% des relations entre clients et fournisseurs. Dans le calcul et les infrastructures associées, 15,2% de ces relations s'accompagnent aussi d'un financement.

Près de la moitié des montants échangés mêlent finance et commerce

Les opérations dites "circulaires" représentent seulement 16,1% du nombre des transactions entre entreprises d'IA, mais 46,4% de leur valeur déclarée. Les liens entre investisseurs et partenaires commerciaux se concentrent donc dans les grosses opérations. Attention au périmètre : l'étude classe une transaction comme circulaire dès qu'un investisseur entretient aussi une relation commerciale avec la cible sur la période. Elle comptabilise alors toute la levée, pas uniquement la contribution de cet investisseur.

Ceux qui vendent les infrastructures alimentent aussi la demande

Dans 73% des relations circulaires, l'investisseur est un acteur du calcul ou des infrastructures. Le schéma le plus courant, qui concerne 64% des relations, voit une entreprise investir dans un client à qui elle vend ses produits. Nvidia coche toutes les cases chez CoreWeave : actionnaire du loueur de capacités de calcul, elle lui vend ses puces et s'est engagée à racheter jusqu'à 6,3 milliards de dollars de capacités invendues d'ici à 2032.

Ces montages ne sont pas absurdes pour autant. Un fabricant de puces ou un fournisseur de capacités de calcul observe la consommation de son client, donc sa trajectoire de croissance, bien mieux qu'un prêteur extérieur. En le finançant, il stabilise aussi la demande pour ses propres produits. À l'inverse, un client peut investir dans son fournisseur pour sécuriser une ressource rare, comme les puces mémoire en période de pénurie.

Un financement et un chiffre d'affaires en même temps

Quand un fournisseur finance son client, une partie de son chiffre d'affaires peut provenir de capitaux qu'il a lui-même apportés. La croissance des ventes devient alors plus difficile à interpréter : quelle part repose sur les besoins des utilisateurs finaux, quelle part dépend du financement du secteur par lui-même ? Les auteurs rappellent le précédent de Lucent et Nortel, qui prêtaient aux opérateurs de quoi acheter leurs équipements avant l'éclatement de la bulle télécoms.

Si la croissance déçoit, les pertes peuvent arriver par deux portes

Un fournisseur actionnaire de son client cumule deux risques : la dépréciation de sa participation et la baisse de ses ventes. Les difficultés peuvent ainsi se transmettre simultanément par les liens financiers et commerciaux. Le crédit privé et les véhicules ad hoc créés pour financer les infrastructures ajoutent un effet de levier difficile à mesurer.

Ces risques n'ont rien de nouveau. Ce qui l'est, c'est de les voir chiffrés. Les investisseurs ont jusqu'ici préféré regarder ailleurs. Mais comme aime à le rappeler Warren Buffett, c'est quand la mer se retire qu'on découvre qui se baignait nu.

* BIS Bulletin n°137. Circular relationships among AI firms, Jon Frost, Rudraksh Kansal, Kumar Rishabh, Vatsala Shreeti and Leanne Si Ying Zhang.

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